Pour une histoire du nouveau cimetière…

Recherches et article par Jean-Marie Parnaudeau, habitant le hameau de Coussay.

Comme dans la plupart des villages[1], le cimetière se trouvait à coté de l’église. Comme on peut le voir sur les plans cadastraux de 1833 et de 1937, c’était aussi le cas à Saint-Germier.

Le 18 octobre 1804 (26 Vendemière de l’an XIII), lors de « l’état des lieux consacrés aux inhumations[2] », le sous préfet de l’arrondissement de Parthenay « estime qu’il doit être conservé ».

A l’époque le cimetière est entouré de haies et de fossés. Une mare coté gauche de la route de Ménigoute est indiquée sur la carte de 1937, certains habitants s’en souviennent ! Au XIXe siècle un mur est construit le long de la route de Soudan et une haie borde le coté route de Ménigoute. On peut remarquer que le plan de l’église n’est pas le même en 1833 qu’en 1937, mais c’est une autre histoire. De même, le monument aux morts, pourtant installé en 1922, ne figure pas sur ce plan.

Tout commence en 1928, lors du conseil municipal du 24 juin 1928, le maire Louis Artault propose  :

« Le cimetière actuel ne semblant pas donner toutes les garanties de salubrité désirables, le maire propose au conseil municipal de faire faire l’expertise par le géologue officiel. Selon le rapport de celui-ci, le conseil municipal pourra décider de l’agrandissement du cimetière actuel devenu insuffisant par l’adjonction d’un terrain limitrophe ou ouvrir un nouveau champ de sépulture« .

Cette décision du conseil municipal faisait suite aux différentes plaintes des habitants. Par exemple, lors du conseil du 10 novembre 1901, le maire donna lecture d’une lettre de M. Allard[3] se plaignant des « écoulements » du cimetière vers la fontaine.

Le 5 août 1928, le maire communique au conseil municipal « une note du sous préfet indiquant qu’il serait utile pour ménager les deniers communaux, que le conseil fixe son choix sur un terrain pour l’agrandissement du cimetière ». Le conseil fixe son choix sur un terrain route de Rouillé, parcelle section A 264.

Il faut attendre la réunion de la délégation spéciale du 4 octobre 1943 pour voir ressurgir la question de la translation du cimetière. « Le terrain à acquérir pour cette translation doit avoir une étendue de 50 ares en rapport avec les besoins d’une commune de 476 habitants où la moyenne (sur 5 ans) des décès est de 7 » Le choix se porte sur un terrain de 84 ares appartenant à Madame veuve Peltrault Alexandre née Artault (situé route de Sanxay référence cadastrale section A 262). Une somme de 1000 Frs est inscrite au budget pour les frais de géologue.

Lors du conseil municipal du 17 juin 1945, le maire Omer Artault lit le rapport du géologue du 10 juin 1944. Le terrain, section A 262, ne convient pas pour le nouveau cimetière ; en effet il est « placé entre l’école et le terrain de sport[4] » et de plus « serait un danger pour les puits voisins ». Le conseil « considérant qu’il est indispensable que la translation soit réalisée le plus tôt possible », le choix se  porte sur une parcelle de 65 m sur 65 m soit environ 42a 25 (section A 232 route de Rouillé, actuellement rue du tilleul).

Après avoir lu un extrait du conseil départemental de l’hygiène, le conseil municipal du 2 décembre 1945 décide de demander un avis définitif au conseil départemental d’hygiène concernant la translation du cimetière sur la parcelle, « décide que la clôture du dit cimetière sera faite en maçonnerie de pierres en murs de 1m 50 » et autorise M. le maire à traiter à l’amiable avec Mme veuve Peltrault Alexandre pour l’acquisition du terrain.

C’est Auguste Desré qui est nommé expert par le conseil municipal afin d’estimer le terrain et trouver un terrain d’entente avec Mme veuve Peltrault Alexandre. Le 1 décembre 1946, la commune devient propriétaire du terrain pour la somme de 22 152,50 francs.

Au cours de la session du 3 février 1946 « le conseil décide de confier l’exécution du plan du nouveau cimetière aux services des Ponts et Chaussées ».

Le 5 décembre 1946, le conseil municipal se prononce favorablement sur la proposition de plan du futur cimetière. Le plan ci-dessous est celui de M. A Cailleteau, architecte à Parthenay qui fut chargé de faire un plan et de fournir des devis de construction à la commune.

Dans le rapport de l’ingénieur TPE, un emplacement devait être prévu pour « une remise à matériel où il serait possible de loger éventuellement un corbillard ». Cet emplacement ne figure pas sur le plan de l’architecte.

Mais le conseil municipal du 26 janvier 1950 « considérant qu’il est indispensable de loger le corbillard nouvellement acquis, (…) décide la construction d’un abri de 4 m sur 5 m dans un coin du fond du nouveau cimetière ». Ce bâtiment a été construit, par Pierre Bonneau, maçon à Saint-Germier, au coin Ouest du cimetière. Ce bâtiment existe toujours.

L’ingénieur des Travaux Publics de l’État précise aussi « Au croisement des deux grandes allées j’ai prévu un emplacement carré où vous pourriez transférer le monument aux morts dont le déplacement s’impose d’une manière toute spéciale à mon avis ». Transfert qui n’a jamais eu lieu.

Dix arbres devaient être plantés, il restait 7 cyprès en 2015, seul trois subsistent en 2025.

Le montant global des travaux était de 905 000 francs, financé par une subvention et un emprunt. A cette époque, pour financer cet emprunt, c’était très simple, il suffit d’augmenter les impôts des habitants. Le 28 octobre 1946, le conseil municipal « vote une augmentation de 1123 centimes recouvrable durant trente ans à partir de 1947 d’un produit annuel de 51 442 francs et destiné au remboursement de l’emprunt ».

Le maire Ernest Chauvin prend un arrêté le 15 septembre 1948, conformément à l’article 8 du 23 prairial an XII[5], aucune inhumation ne sera possible dans l’ancien cimetière, y compris pour les familles qui y ont des concessions. Toute nouvelle inhumation sera faite dans le nouveau cimetière. Les deux premières concessions furent achetées par M. Alexandre Chaigneau, le 20 novembre 1948, pour les sépultures Chaigneau Bonnin. Phénomène curieux, le maire avait signé, pour Mme Marie Bonnin épouse Chaigneau, une autorisation d’exhumation de l’ancien cimetière et d’inhumation dans le nouveau cimetière le 21 octobre 1948 ; le 22 octobre 1948, l’exhumation de l’ancien cimetière et l’inhumation dans le nouveau cimetière a lieue le 22 octobre, en présence d’Henri David, dernier garde-champêtre communal, soit un mois avant l’achat de la concession !

Six ans plus tard, considérant que plus de cinq années sont révolues depuis la dite fermeture de l’ancien cimetière, un arrêté du maire en date du 20 novembre 1954 met toutes les familles en demeure d’enlever les croix et monuments funéraires avant le 1 février 1955. Passé cette date tous les matériaux de l’ancien cimetière seront enlevés et déposer au nouveau cimetière où ils seront à disposition des familles durant encore une année entière.

Le 3 février 1957, le conseil municipal demande un aménagement de l’ancien cimetière en place publique et que ce projet soit inclus dans le plan national d’équipement.

En effet, la circulation automobile devenant plus importante, le carrefour devenant dangereux, un « débouquement » est prévu pour le trajet dans le sens Soudan-Ménigoute. Débouquement qui, pour les habitants, prendra le nom de virage de l’église.

Plan du carrefour années 1960

Cette place publique entièrement goudronnée et, bien qu’en pente, servait essentiellement de parking.

Le monument aux morts, devant l’église communale

Lors du conseil municipal du 13 juillet 1958, le maire présente le projet d’aménagement du carrefour, le conseil accepte le projet et demande que les travaux soient faits au plus vite.

C’est au moment de ces travaux que le monument aux morts, qui devait être installé dans le cimetière, est déplacé et installé à son emplacement actuel. Il était entouré d’un petit muret surmonté de barres ; ces barres sont actuellement installées au coin Nord Ouest de l’église. De même, la rue de l’église a été élargie, du carrefour jusqu’à la maison 2 impasse du lavoir, un mur ceinturait le tout.

Constatant que le virage de l’église « était dangereux, les voitures roulant souvent trop vite[6]« , le conseil municipal du 1er avril 1979 décide de contacter le service de l’équipement.

Dans les années 2000, le carrefour prendra alors sa forme actuelle.

A la même époque une partie de la parcelle 33 du plan cadastral précédent fût acheté par la commune pour permettre le passage des corbillards en faisant le tour de l’église, comme on peut le voir sur le plan ci-contre (parcelle 144).

Annexe :
Au début, pour les familles qui possédait un cheval « apte », c’était le cheval familial qui tirait le corbillard, puis le corbillard fut « mené » par Edmond Mercier (résidant à la Poulotrie). Lors du conseil municipal du 25 janvier 1964, considérant « que les familles de défunts sont souvent dans l’embarras pour trouver une personne pouvant conduire ce véhicule, que les chevaux susceptibles de tirer le corbillard de façon satisfaisante, sont de plus en plus rares » décide de nommer, à partir du premier janvier 1964, un préposé au corbillard, le transport des corps devant se faire par véhicule automobile. C’est Rolland Nineuil, menuisier charpentier, qui obtient le poste.
Lors du conseil du 6 janvier 1968, « le maire fait connaître à l’assemblée que M. Nineuil ne peut plus assurer le poste de préposé au corbillard et qu’il est impossible de le remplacer ». Le maire de Ménigoute accepte de prêter le fourgon mortuaire de sa commune, « moyennant une indemnité forfaitaire de 50 francs par enterrement ». Pour la petite histoire, le 19 juin 1977, la commune revendra le corbillard à un brocanteur.

Remerciements (par ordre alphabétique) :

Paulette Artault (née Desré), Roger Artault (ancien maire de la commune), Hervé Desré, Odette Nineuil (veuve de Rolland Nineuil), Hubert Paillat et à d’autres anciens du village qui ont bien voulu nous faire part de leurs souvenirs.

Bien entendu, toute nouvelle contribution est la bienvenue.


[1] Comme c’était le cas à Menigoute, Pamproux, Soudan ou Rouillé pour ne prendre que des communes voisines.

[2] Archives des Deux Sèvres 2 O 2176.

[3]Voir « Saint Germier un village de la gâtine des Deux Sèvres » de Michel Fournier, édition de la municipalité de Saint Germier,  p 21

[4]Un terrain de sport avait été crée en 1941 afin que les enfants de l’école puissent pratiquer des activités physiques et sportives. Ce terrain se trouvait sur la route de Sanxay, proche de l’école.

[5]« Aussitôt que les nouveaux emplacements seront disposés à recevoir les inhumations, les cimetières existants seront fermés et resteront dans l’état où il se trouveront, sans que l’on en puisse faire usage pendant cinq ans ».

[6]Pourtant, le 15 mai 1959, le conseil municipal avait décidé de limiter la vitesse à 40 km/h pour les poids lourds et 60 km/h pour les voitures de tourisme..

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